La magie du football – Entretien avec Thibaud Leplat




Après Le cas Mourinho ( 2013 ) et Guardiola-l’éloge du style ( 2015 ), l’écrivain Thibaud Leplat revient avec un ouvrage mettant en exergue la philosophie du beau jeu ( La magie du football, 2019 ). Nous remercions Thibaud Leplat d’avoir accepter de répondre à Entrainement Football Pro.

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1 – Peux-tu te présenter (en autre ton parcours professionnel ) ?

Après une adolescence consacrée quasiment exclusivement au sport et au football en particulier, j’ai suivi des études littéraires. D’abord en prépa hypokhâgne, kâgne, puis licence de philosophie (Sorbonne Paris IV), puis Sciences po Paris. Je suis ensuite parti en Espagne pour explorer d’autres horizons que le Quartier Latin. J’y ai découvert une culture du jeu et une autre manière de vivre le football qui m’a réconcilié avec lui. J’y ai exercé pas mal de métiers différents mais le journalisme est celui que j’ai exercé le plus longtemps. J’ai travaillé pour une boîte de production française qui avait en charge la correspondance de TF1 notamment et en parallèle j’ai été le correspondant de Sofoot à Madrid. Après avoir démissionné de la production audiovisuelle (et 10 ans d’Espagne), j’ai décidé de consacrer plus entièrement ma vie à l’écriture. Et, depuis 5 ans, à Nice, j’alterne écriture, publications et enseignement. Je suis actuellement chargé d’enseignement en philosophie dans divers établissement dont Sciences po Paris (campus de Menton), l’Ecole supérieur du parfum de Grasse et les lycées de l’Académie de Nice. Je poursuis par ailleurs ma quête littéraire: essais sportifs et littérature générale. 

2 – Quelles sont les motivations qui ton poussé à écrire ce livre ?

Je voulais répondre à tous ces messieurs et dames qui, à diverses occasions, aiment prendre la parole publiquement pour dire tout le mal qu’ils pensent du football. Je me suis donc décidé à écrire une sorte de manifeste éthique en tâchant de décrire ce qu’ils ne comprennent pas: comment peut-on, en dépit des innombrables déceptions, des scandales à répétition, de toutes les horreurs qu’on peut lire sur le football, comment est-ce possible de continuer à l’aimer ? Robert Redecker, éternel misanthrope, avait publié, à l’occasion de l’Euro 2016  un « Comment peut-on encore aimer le football ? » relativement pessimiste et déprimant sur le football. J’ai voulu lui répondre en décrivant la manière si particulière qu’on a d’aimer le football. Je voulais parler de ce rapport amoureux à la rencontre sportive qui définit notre relation au football. 

3 – En quelque mots, que vont retrouver les lecteurs dans ton livre ?

C’est une sorte de trousse à outils qui permet de répondre à tous ceux qui haïssent le football pour de bonnes ou mauvaises raisons. Qu’ils soient justifiés ou non, les reproches doivent être entendus. L’idée est d’ensuite donner à l’amoureux des armes pour mieux comprendre sa propre passion pour pouvoir ensuite se défendre contre les attaques injustes, contre la mauvaise foi footballistique. Il s’agit de décrire ce qu’il se passe quand on regarde et quand on joue au football, de mettre la lumière sur tous les paradoxes que cette activité soulève. Pas de dogmatisme, juste une réflexion sur notre manière de regarder le football. Le beau jeu n’est pas un recueil de principes de jeu mais plutôt une certaine manière d’envisager un « match » de football comme une rencontre amoureuse.

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La magie du football (Sport)


4 – Quel est selon toi, les indispensables d’un match de football pour que « la magie » opère? 

La condition essentielle c’est de consentir au spectacle auquel on va assister. Ceci signifie qu’il n’y a de magie que pour celui qui y consent, que pour celui qui désire en voir. Exactement comme notre raison aime à se tromper lorsqu’elle voit une colombe apparaître dans une manche d’imperméable ou un lapin dans un chapeau, le football ne fonctionne que si on accepte l’idée qu’il puisse nous duper. C’est ce qui rend notre attirance si particulière et énigmatique. La magie c’est une manière de se laisser volontairement charmer par une illusion qu’on sait et qu’on veut déroutante. En somme, c’est une manière de désirer. C’est la raison pour laquelle, certaines équipes, parce qu’elles jouent le jeu de la séduction, du spectacle, de la beauté (de la tactique ou de l’engagement peu importe) provoquent une unanimité autour d’elle. Le beau jeu n’est pas une affaire de goût ou de couleur mais d’attitude, de désir et de loyauté à l’égard du public. A ce titre, Simeone dans sa manière de convoquer le « sentimiento » du peuple colchonero, Pochettino dans sa manière assez mystique de convoquer les dieux du football avant de jouer pratiquent autant le beau jeu que Guardiola ou que l’Ajax. Ce sont des hommes qui donnent et partagent. Ce qui compte c’est la manière d’être à la hauteur du consentement accordé par le public. Les termes du contrat amoureux  entre le public et son équipe sont les suivants : « donnez-nous du désir, nous vous offrirons du vertige » 

5 – Quels sont tes projets futurs ? Souhaites-tu écrire un nouveau livre sur un entraineur actuel ?

Je poursuis mon travail d’enseignant et d’auteur en espérant toujours enseigner plus et écrire plus. Je guette effectivement des entraîneurs et ai à ce titre quelques projets que j’aimerais mener à bien. Je ne peux encore rien dire. La seule condition pour pouvoir travailler sur un objet, quel qu’il soit, c’est avoir une certaine empathie à son égard. Je ne pourrais donc écrire que sur un entraîneur ou même sur un joueur que si je l’aime ou l’admire. Il doit y avoir une flamme. A mon sens, le désir de connaître est la condition nécessaire pour démarrer quelconque travail littéraire sincère. Comme au football, avant de jouer, il faut avoir envie de jouer. Avant d’écrire sur un homme, il faut avoir envie d’écrire sur lui.

Merci beaucoup pour cet entretien ! Bonne continuation à Thibaud !

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