El Maestro Unai Emery – Entretien avec Romain Molina

El Maestro Unai Emery – Entretien avec Romain Molina

Dans une biographie non officielle « Unai Emery – EL Maestro » , Romain Molina laisse la parole à 40 témoins ayant côtoyé l’entraineur hispanique. A travers cet entretien, l’auteur nous donne un avant gout de son oeuvre centré sur le personnalité atypique de Unai Emery. A lire attentivement avant de se plonger dans cette ouvrage. Nous remercions Romain Molina pour ce partage…

 

Peux-tu te présenter (en autre ton parcours professionnel ) ?
Ce n’est jamais évident de se présenter, mais allons-y ! Je suis donc Romain, un utopiste de 26 ans natif d’Isère et ayant vécu en Angleterre, Ecosse, puis Andalousie, où je suis encore aujourd’hui. Professionnellement, je suis… Je suis quoi d’ailleurs ? Journaliste ? Pas vraiment. Auteur ? Ouais, allez, on va dire conteur d’histoire surtout, c’est la manière dont je considère mon œuvre. Indépendant, toujours. J’ai écrit parfois des articles ou enquêtes pour CNN, France Football ou Barré. J’ai commencé dans la profession à Basket-News et Maxi-Basket, feu hebdomadaire et mensuel autour de basket. Ensuite, j’ai créée, beaucoup, et je continue à le faire. J’ai désormais quatre livres à mon actif, tous aux éditions Hugo Sports. Accessoirement, je suis un amoureux de la vie qui évolue au basket à un niveau semi-pro.

Quelles sont les motivations qui ton poussé à écrire ce livre ?
C’est Bertrand Pirel, éditeur de mon premier livre (Galère Football Club), qui m’a appelé pour me proposer le projet, un ou deux mois après l’arrivée d’Unai Emery au PSG. J’ai réfléchi…. Ce qui m’a motivé, honnêtement, c’était de pouvoir parler de Lorca, Almeria, des divisions inférieures espagnoles, d’Andalousie, de la province de Murcia, des Sévillanes… C’est vraiment ça qui me plaisait. Grâce à la carrière d’Unai, j’allais pouvoir aborder d’autres thèmes. Mon amour pour la Segunda, la Segunda B (D3) et ma chère Andalousie passe avant tout !

En quelque mots, que vont retrouver les lecteurs dans ton livre ?
Quelque chose de personnel. C’est une bio autour d’un entraîneur, mais je ne pense pas qu’elle soit classique. J’ai surtout donné la parole aux gens ayant connu Unai (quasiment 50), ceux qui étaient proches de lui comme Alberto Benito, son ancien directeur sportif à Almeria, à des mecs comme Juan Cala ou Navarro, deux défenseurs ayant évolué sous ses ordres, sans être spécialement « pro » Unai ; Cala était un remplaçant par exemple. Ce que les lecteurs trouveront, c’est de la vie, des détails, une profondeur. Je n’ai pas cherché à peindre Unai à ma manière, j’ai simplement essayé de chercher à comprendre et de leur apporter une perspective qu’ils ne trouvent pas sur Wikipedia ou ailleurs.

Comment pourrais-tu définir le profil d’entraineur de Unai Emery ?
Passionné, bourreau de travail et universitaire. Passionné car c’est « un enfermo de futbol » comme dit Alvaro Negredo, un malade de football. Bourreau de travail car « il mange foot, il boit foot, il respire foot et on se demandait s’il ne baisait pas foot aussi » comme en rigolait Laurent De Palmas, qui l’a connu à Almeria. Universitaire car il a une remise en question permanente pour apprendre et étudier ; le jeu, les hommes, lui-même.

A ton sens et à travers les témoignages que tu as recueilli, qu’elles sont les idées de jeu directrices de Unai Emery ?
Utilisation de tous les espaces, notamment de la profondeur depuis les côtés (importance des latéraux). Soin tout particulier accordé aux phases arrêtées, même les touches. Le principe de couverture et de permutation aussi. Tout a un lien, une connexion.

Ses relations avec ses partenaires puis ses joueurs et son fonctionnement en tant qu’entraîneur sont quelques uns des thèmes récurrents de cet ouvrage. Quels sont les particularités de sa gestion humaine ?
Je vais citer Francisco, meilleur buteur de l’histoire d’Almeria à l’époque où Unai était en charge : « Quelque temps après l’officialisation de la montée, Unai m’a expliqué qu’il ne comptait pas sur moi en première division. Ça m’a fait mal car c’était mon rêve de jouer en Liga avec l’équipe de ma terre, de mon sang. Je l’ai fixé et je lui ai balancé : « Eh bien si tu en es capable, vire-moi ! » J’étais le meilleur buteur de l’histoire du club, j’étais un homme important ici. Et les joueurs, nous sommes très égoïstes. Je pense qu’il n’y a pas plus égoïste qu’un joueur de football dans le monde du travail. Et après que je lui ai dit ça, Unai a été capable de me virer, mais en plus de manière élégante [rires]. Il m’a toujours laissé m’entraîner avec le groupe, jamais à part. Il m’a en fait montré que je n’avais pas la qualité pour être dans son équipe. Je m’en suis rendu compte au fil des entraînements et j’ai décidé de partir [à Granada 74, en D2]. C’est un homme très élégant dans toutes ses décisions. Il ne va jamais faire de mal à un joueur, ce n’est pas sa manière d’être. Il fait toujours ses choix en fonction du bien de l’équipe et il s’en fout que tu sois un mec important, un vétéran ou un jeune […] Il m’a énormément surpris, en tout point. C’est à partir de mon expérience avec lui que l’univers du coaching m’a attiré. Il a eu une influence sur ma décision d’entraîner à la suite de ma carrière car j’ai vu en lui des choses que j’aimais et que je partageais […] Il était toujours sûr dans ses décisions. Quand il annonçait son onze initial, il parvenait à convaincre tout le vestiaire que c’était la meilleure équipe possible car il avait cette manière de te regarder… Il a toujours eu un regard franc, transparent. Ça se voyait qu’il voulait seulement le meilleur pour l’équipe. »

Peux-tu nous raconter une anecdote sur Unai Emery ( fonctionnement, relations,…) Une anecdote qui marque sa personnalité ?
Je vais encore citer un des témoins, en l’occurrence José Ortiz, ex-capitaine et légende d’Almeria, qui évoque le premier match en Liga d’Unai. « On n’avait aucune idée du onze titulaire, même pour les gardiens. Il n’avait laissé aucun indice dans la préparation du match. Pareil à l’hôtel, il n’avait pas donné l’équipe. Arrive la causerie d’avant-match. Il nous fixe un moment : « Je m’en fous de qui va jouer. Là, maintenant, je vais tirer ça aux dés. Je prends le numéro de chacun d’entre vous et je tire onze fois les dés. Je n’en ai rien à foutre de qui va rentrer sur le terrain comme titulaire car je sais que vous allez le faire. Je sais qu’on va gagner de toute façon, que ce soit toi, toi ou toi qui est sur le terrain. Je le sais. » Je me suis retrouvé sur le banc et c’est évident que j’avais les boules car on s’est tous battus pour être titulaires, mais cette causerie… Elle m’est restée gravée. C’est une démonstration de l’équipe avant le joueur, du collectif avant l’individu : je tire ça aux dés et qu’importent les résultats, j’ai confiance en vous tous. »
Almeria gagnera 3-0 à La Corogne et Ortiz a débuté sur le banc. Quand j’ai interrogé Unai sur cette anecdote, il m’a répondu en souriant : « Je m’en souviens très bien. Avant ce match, j’ai voulu donner confiance aux joueurs de la montée. On avait des nouveaux talentueux, mais j’avais mes anciens qui méritaient de jouer en Liga, donc j’ai dit à tout le monde : « Je m’en fous de qui va commencer ! Je sais que l’équipe va bien jouer et je le sais car j’ai confiance en vous tous ! » J’ai mis la majeure partie de l’effectif de Segunda [Bruno Saltor, Santiago Acasiete, Mané, Albert Crusat, Corona et Soriano] et on a gagné 3-0. Des joueurs importants comme Felipe Melo étaient remplaçants. Je savais qu’il était meilleur que tous les autres, je le savais ! Mais je voulais respecter les joueurs nous ayant permis de monter, donc je lui ai parlé en tête-à-tête : « Tu dois avoir de l’humilité. Je sais que tu es très bon et que tu vas jouer. Mais aujourd’hui, tu dois attendre car ces mecs méritent de jouer. » J’ai attendu un enchaînement de matchs, un dimanche et un mercredi, pour le titulariser. C’était la quatrième journée et je l’ai mis à la place de Corona. Il a marqué et on a gagné 1-0 à Murcia. Il a ensuite enchaîné tous les matchs, mais je lui ai rappelé plusieurs fois que je devais respecter le groupe et lui aussi, qu’importent ses qualités. »

Quels sont tes projets futurs ? Souhaites-tu écrire un nouveau livre sur un entraineur actuel ?

Je travaille autour de divers ouvrages. Le prochain sera normalement pour la rentrée, c’est une longue investigation… Quant à écrire sur un autre entraîneur, je ne sais pas. Ce n’est pas un projet perso, mais on m’avait demandé de bosser autour de Zidane il y a quelques mois. Hélas, vu que je ne suis pas « partenaire média » du Real et que je n’ai pas certaines connexions, c’est très compliqué de produire quelque chose de satisfaisant ; selon ma conception du boulot. J’ai fait une dizaine d’entretiens avec des mecs ayant eu Zinedine à la Castilla notamment, mais ce n’est pas suffisant. Et vu que je ne me vois pas faire un livre en extrapolant des déclarations de conférence de presse ou que sais-je, il n’y a rien pour l’instant. Sinon, pourquoi pas un jour évoquer des coachs comme Tabarez, Maturana, ces entraîneurs sud-américains dont la philosophie et les réflexions autour de la vie, de la condition humaine et bien sûr du jeu sont fascinantes.

Pour commander le livre :
Sur www.amazon.fr : Unai Emery – El Maestro

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